Un immense MERCI à vous …
C’est un peu comme si tu venais de prendre part à l’aventure, avec ce pré-achat, tu me donnes les moyens d’imprimer la version papier très rapidement. Garde précieusement ce lien , il te mènera tout droit à la version finale du E-book et de l’audio dans quelques jours. En attendant le 31 mai, je te laisse te mettre dans l’ambiance avec les quelques pages du prologue.
Je veux aussi te remercier autrement , cette page te donnera accès dans quelques mois à la “version papier” du livre avec 50% de réduction. Tu auras un lien ici même qui te propulsera vers ce trésor …
Merci encore et surtout pense à mettre ton téléphone en mode avion, mes aventures méritent que tu y sois complètement. Bien à toi l’ami, à très vite pour la suite … Bienvenue dans ma vie ,
Fred Jepasse
« A mes 5 enfants, Alix, Manon, Maëlle, Charlee et Daniel. Je vous aime de tout mon grand coeur, c’est vous mon vrai trésor. Que ces mots qui retracent ma folle vie vous aident dans la vôtre »
Prologue
Le jour où la mer a décidé
Je ne sais pas exactement à quel moment j’ai compris que j’allais perdre mon bateau.
Au début, je croyais encore que c’était un problème technique. Un truc bête. Un détail. Un imprévu comme il y en a toujours quand tu vis sur l’eau. Quand tu as choisi la mer comme maison, tu apprends vite que rien ne se passe jamais comme prévu.
Mais pas cette fois, ce n’était pas un imprévu.
C’était un jugement.
La mer ne criait pas. Elle n’avait pas besoin. Elle faisait ce qu’elle fait de mieux : elle prenait. Calmement. Méthodiquement. Comme si elle avait attendu ce moment depuis longtemps.
Je me souviens du bruit.
Pas le bruit du vent, ça c’est facile. Le vent, c’est presque un compagnon. Il te parle, il te prévient, il te pousse. Tu peux discuter avec lui. Tu peux négocier. Tu peux même l’insulter si tu veux.
Non.
Je parle d’un autre bruit.
Le bruit sourd d’un bateau qui se plaint. Une coque qui travaille. Une structure qui fatigue. Comme un animal blessé qui tente de rester debout. Le bateau faisait des efforts. Il résistait. Il se battait.
Et moi aussi.
Tout ce que je savais, c’est que quelque chose n’allait pas.
La mer était noire.
Pas noire comme dans la nuit. Noire comme un trou. Une absence. Une bouche ouverte.
Le bateau roulait, frappait, se tordait. Chaque vague le soulevait, le jetait, le rattrapait, le giflait. Et entre les coups, il y avait des secondes étranges. Des silences. Des respirations.
Puis un craquement.
Un craquement profond. Une vibration dans mes pieds. J’ai senti la coque trembler sous moi. Et là, j’ai compris.
Ce n’était pas un problème.
C’était la fin.
Je suis resté immobile une seconde, comme un idiot, le regard fixé sur l’horizon invisible dans les vagues. J’avais passé ma vie à défier les limites. À me dire que j’étais différent. Que j’avais toujours une sortie. Toujours une idée. Toujours un plan.
C’est ce que les gens pensent de toi quand tu fais n’importe quoi et que tu t’en sors.
Ils ne voient pas la chance.
Ils ne voient pas les risques.
Ils ne voient que le personnage.
Depuis des années tout le monde m’appelait Sailor, un peu parce que j’avais créé Sailor TV et beaucoup parce que tous savaient mon attachement à cette vie sur l’eau.
Sailor, comme si c’était un surnom drôle. Comme si c’était une identité de film. Comme si j’étais né sur un bateau avec une bouteille de rhum dans une main et une carte au trésor dans l’autre.
Mais la vérité, c’est que ce jour-là, Sailor n’était plus un surnom.
C’était un homme seul.
Un homme qui allait tout perdre.
Une vague plus grosse que les autres est arrivée. Je l’ai sentie. Une masse sombre, un mur, un monstre.
Elle a frappé le flanc du bateau comme un camion lancé à pleine vitesse.
Et quand la vague est passée, j’ai entendu un bruit encore plus terrible que le vent.
L’eau.
L’eau à l’intérieur.
Le bruit d’un liquide qui s’invite là où il n’a rien à faire.
Un bruit de mort.
Je suis descendu en courant à l’intérieur.
En bas, il faisait chaud, humide, et ça sentait le métal mouillé. Je me suis précipité vers la cale.
Et je l’ai vue.
L’eau montait déjà.
Pas une infiltration. Pas une fuite lente. Non.
Un flot inquiétant.
Je suis resté figé. Mon cerveau a refusé de comprendre. Comme si le monde venait de changer de règles sans m’avoir prévenu.
J’ai plongé les mains dans l’eau. J’ai tâtonné. J’ai cherché l’origine. J’ai touché quelque chose de coupant. Une déchirure, peut-être. Une fissure. Un trou. Je ne sais pas.
Je sais seulement que l’eau entrait.
Et qu’elle ne s’arrêterait pas.
J’ai couru vers la pompe. J’ai appuyé sur l’interrupteur. Rien.
J’ai juré.
J’ai frappé.
J’ai recommencé.
Toujours rien.
Le courant était en train de lâcher. Ou déjà mort.
Il faut savoir que c’est la première chose que tu perds quand l’eau rentre dans les cales car pour mettre le poids au plus bas du bateau on les place au sol, quelle erreur.
« Non s’il te plaît disais-je, pas ça… »
J’ai levé les yeux vers le plafond comme si Dieu pouvait m’envoyer une solution.
Et à cet instant précis, j’ai pensé à nos réparations, nos soudures sur la vieille carcasse du pauvre Ypsilos, ce pauvre magnifique voilier qui allait être détruit.
J’ai pensé à mon argent. À tout ce que j’avais mis dans ce bateau. Les années de galère, de débrouille, de petits boulots, de combines, de sacrifices.
J’ai pensé à ma vie en Grèce, tout ce qui m’y attendait, mes plans… Aux visages. Aux gens qui m’aimaient bien. Aux gens qui me détestaient.
J’ai pensé à tous ceux qui m’avaient dit :
« Un jour, ça finira mal. »
Et j’ai eu envie de leur hurler qu’ils avaient raison.
J’ai attrapé la radio.
Silence.
J’ai secoué l’appareil. J’ai tapé dessus. Toujours rien.
Le vent m’a envoyé une rafale qui m’a coupé la respiration.
J’ai regardé autour de moi.
Il n’y avait personne.
Pas un bateau.
Juste la mer.
Juste le bruit.
Juste moi.
J’ai compris que personne ne viendrait. Pas tout de suite. Peut-être jamais.
Et c’est là que j’ai prononcé une phrase à voix haute:
Pas ça, non !…
Je ne sais pas si je parlais à la mer.
À Dieu.
À mon bateau.
Ou à moi-même.
Mais je l’ai dit.
Pas ça.
Le bateau a encore craqué.
Et cette fois, j’ai senti que c’était plus fort, plus grave.
J’ai couru vers le coffre pour attraper le seau, me suis agenouillé dans l’eau salée puis commença le long moment d’acharnement, la tentative de sauvetage, écoper à tout prix.
Coûte que coûte sortir l’eau, sauver le bateau.
Dans la peau du sauveteur, du médecin urgentiste, j’entame alors le massage cardiaque.
Une lutte pour la survie.
Durant presque deux heures les seaux s’enchaînent, je les rempli au sol, me lève puis les vide dans le cockpit dehors.
Le vent souffle toujours très fort et la mer ne veut pas se calmer.
Ah oui c’est vrai je n’ai pas de pilote automatique alors entre deux seaux je redresse la barre, je reviens au cap que mes bouts d’élastique ne peuvent évidemment pas garder.
Je redescends pour encore et encore vider cette eau, stopper l’hémorragie.
Les geste sont sûrs, calculés, mesurés.
Je garde la tête froide, je n’ai pas peur.
A aucun moment je ne ressens ce sentiment inutile.
Je suis triste, dépité.
Il faut rester calme, garder son sang froid, prendre les bonnes décisions car l’instant est grave.
J’ai eu le temps de réfléchir, il faut partir, quitter le navire.
Les seaux ne suffisent pas, l’eau rentre bien plus que ce que j’arrive à en sortir dans ce rythme effréné.
Comme si je tentais de retenir les grains de sable d’un immense sablier.
Je luttais contre le temps, contre la mer.
Évidemment c’était perdu d’avance.
Et puis il y a eu ce moment étrange. Ce moment que je n’oublierai jamais.
Un instant suspendu.
Le vent s’est calmé pendant une seconde. Juste une seconde.
Et dans cette seconde, j’ai entendu le bateau respirer.
Comme un être vivant qui comprend qu’il va mourir.
Je l’ai touché.
J’ai posé ma main sur le métal mouillé.
Merci, ai-je murmuré.
Je ne sais pas si c’était de la folie ou du respect.
Peut-être les deux…
Il était là, juste devant moi.
Et il coulait.
Lentement.
Comme une bête blessée qui accepte son sort.
Je ne pouvais rien faire.
Je ne pouvais même pas regarder.
Je restais là, comme sonné après un crochet du droit qui aurait perse ma garde comme la mer perça la coque.
Ce naufrage n’était pas la fin de mon histoire.
C’était le début.
